04 Janvier 2016

DOMAINE GENOT-BOULANGER : UN NOUVEAU PALIER FRANCHI

En 2008, Aude et Guillaume Lavollée prenaient les rênes du Château Génot-Boulanger à Meursault. Le "Château" est devenu "Domaine". Mais les évolutions notables se situent surtout à la vigne. Et les résultats perceptibles dans le verre...


Du nouveau au domaine Génot-Boulanger. Le millésime 2015 est celui de la première année de conversion officielle à la viticulture bio. Une « nouveauté » qui ne surprendra pas les habitués de cette belle propriété de Meursault.
« Nous continuons dans la droite ligne que nous nous sommes fixée. La bio est maintenant au coeur de notre travail. Les millésimes 2012 et 2013, avec une forte pression des maladies, ont été un excellent test. Nous savons que nous maitrisons notre vignoble », expose Guillaume Lavollée.
Cette confiance acquise est un atout de plus pour un domaine qui n'en manque pas. A commencer par sa superficie, 22 hectares, nettement au-dessus de la moyenne bourguignonne. Mais surtout une présence dans quelques-uns des plus beaux terroirs de la Côte de Beaune en blanc (Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet, Corton-Charlemagne) comme en rouge (Beaune Grèves, Corton, Pommard). S'y ajoute l'exploitation de parcelles en Côte de Nuits : Chambolle-Musigny et l'emblématique Clos Vougeot. Et pour être complet, une solide implantation en appellation Mercurey.

 

Le couple trentenaire a repris les choses à la base, c'est-à-dire à la vigne. Remise en labours des parcelles (certaines au cheval), taille de la vigne plus raisonnée, ébourgeonnage plus sévère, etc. Un programme de replantation de 4,5 hectares est en cours pour remplacer un matériel végétal à bout souffle ou incompatible avec une production de vins de qualité. Le passage à la viticulture biologique s'inscrit donc dans la continuité des efforts menés ces dernières années.
Guillaume Lavollée nous a proposé un aperçu des 2014, en blanc comme en rouge, une verticale du meursault premier cru Bouchères et de l'aloxe-corton premier cru Clos du Chapitre. Deux cuvées représentatives des évolutions des vins du domaine à ses yeux.


Les vins sont élevés de 20 à 30 % en fût neuf en blanc comme en rouge. « Nous avons mené un gros travail avec les tonneliers pour avoir la meilleure adéquation entre les fûts et chaque cuvée. Nous produisons des vins de garde mais nous ne recherchons pas le boisé », précise Guillaume Lavollée. Les blancs ne sont pas bâtonnés. Après tri, les pinots macèrent assez longuement (3 semaines) mais avec un minimum d'intervention. Depuis 2012, Guillaume Lavollée se laisse la possibilité de conserver un pourcentage de raisins non-égrappés.

 

Les blancs


Meursault premier cru Meix Chavaux 2014 - 15,5 sur 20
Les vignes sont implantées sur la partie nord de l'appellation, côté Auxey-Duresses, sur un sol léger. « Elles donnent notre meursault village le plus complet », explique Guillaume Lavollée. La grêle ne les a pas épargnées en 2014 mais la cuvée montre une belle délicatesse aromatique au premier nez, sur des notes florales et citronnées. Densité et vigueur sont au rendez-vous en bouche.

 

Puligny premier cru Les Folatières 2014 - 16,5 sur 20
Située dans la partie basse des Folatières (lieu-dit Au Chaniot), la parcelle du domaine se loge dans le secteur des très grands terroirs à blanc de la Côte de Beaune. Les vignes sont âgées de 40 à 60 ans. Ce puligny n'est pas un monstre de puissance et de concentration. Il est en revanche particulièrement délié et équilibré. Une grande harmonie s'en dégage, de l'entrée en bouche jusqu'à la finale. Ce vin suit sa ligne, aérienne et ciselée, sans en dévier d'un iota.

Corton-Charlemagne - 17 sur 20
Avec ce profil élancé, vif et salin, nous sommes incontestablement en présence d'une cuvée de Corton-Charlemagne bien typée. « Les vignes sont en haut de la colline, sur des sols maigres. Elles produisent peu », précise Guillaume Lavollée.  Tiré sur fût, le vin se fait plutôt discret au premier nez, avec une dominante de pierre à fusil. La bouche se montre particulièrement séveuse. La parcelle du domaine est située en haut de la Colline de Corton selon une orientation sud-ouest.

 

Meursault premier cru Bouchères 2014 - 18 sur 20

La maturité du fruit se met en évidence dès les premières notes aromatiques : la pêche juteuse s'exprime avec beaucoup d'intensité. Une texture particulièrement satinée, suave caresse le palais. Le tout dégage une grande harmonie. Le plaisir est déjà là mais nul doute que ce vin à toutes les prédispositions à la longévité.

Meursault premier cru Bouchères 2013 - 15 sur 20
Un meursault qui se livre dans un registre élégant et fin. Le nez se montre lui sur la réserve avec une pointe de réduction (des notes grillées).  Redégusté quelques minutes plus tard, le vin a nettement gagné en volume et en harmonie. A attendre 3 ou 4 au moins.


Meursault premier cru Bouchères 2012 - 17 sur 20
Puissant sur le plan olfactif et profond en bouche, cette bouteille dispose d'une remarquable concentration. La finale est persistante tant sur le plan des saveurs que de son empreinte aromatique. Un très beau vin de caractère et de garde.

Meursault premier cru Bouchères 2011 - 14,5 sur 20
Changement radical de profil ici. Les fruits mûrs ont laissé la place à un caractère mentholé voir de feuille froissée. Il « sauvignonne » quelque peu. La bouche est fraiche, élégante et d'une longueur assez surprenante au vu du profil plutôt léger et friand du millésime.

 

Les Rouges


Chambolle-Musigny village 2014 - 15 sur 20
Ce vin termine son élevage en cuve. Son profil charmeur, expressif  témoigne d'une volonté de pratiquer des vinifications peu interventionnistes. Il s'exprime sur une tonalité florale (rose) et de réglisse. Les tannins sont souples, soyeux. Les qualités que l'on prête le plus souvent à un chambolle-musigny bien né.

Corton Les Combes 2014 - 14,5 sur 20
Ce terroir est situé sur la commune d'Aloxe-Corton en bas de coteau. « La terre y est argileuse et assez lourde », précise Guillaume Lavollée. A priori, pas le profil le plus remarquable du secteur. Les Combes disposent toutefois de la capacité à donner des vins en rondeur et en gourmandise. C'est le cas pour ce 2014 charmeur et d'une bonne netteté aromatique. 

Clos Vougeot - 18,5 sur 20
Ce vin d'une remarquable complexité et profondeur peut être versé au débat sur les Clos Vougeot du bas (réputés moins qualitatifs) versus ceux du haut. « Nous disposons de 19 rangs sur 150 mètres dans le bas. Je suis étonné par la grande variété des sols sur cette petite surface. La terre n'est pas lourde comme on pourrait le croire. Elle est souple et se travaille facilement », expose Guillaume Lavollée. Dans le verre, pas de doute possible, nous sommes en présence d'un très beau grand cru de la Côte de Nuits. Les tannins sont présents mais sans aspérité. Des notes florales et de fruits noirs se dévoilent avec beaucoup de classe. Il a été vinifié avec un tiers de vendanges entières. 


Verticale Aloxe-Corton premier cru Clos du Chapitre

Aloxe-Corton premier cru Clos du Chapitre 2014 - 18 sur 20

Une entrée en matière des plus prometteuses. Le premier nez s'exprime sur un registre de fruits sauvages (mûre) et d'épices. Des notes réglissées viennent ajouter à sa complexité dans un deuxième temps. Une matière très charnue, gourmande se développe en bouche. « Nous avons fait un bond qualitatif énorme depuis 2010 sur ce terroir. Nous avons dompté les tannins », constate Guillaume Lavollée. Ces derniers sont à la fois denses et soyeux.

 

Aloxe-Corton premier cru Clos du Chapitre 2013 - 17 sur 20

« L'année a été difficile pour la vigne mais les vinifications ont été simples à mener », se souvient Guillaume Lavollée. Le nez est expressif sur des notes de fruits noirs à belle maturité. Comme sur le 2014, la texture de la bouche affiche une grande richesse et beaucoup de chair. Une grande réussite.

 

Aloxe-Corton premier cru Clos du Chapitre 2012 - 15 sur 20

Un vin qui se cache aujourd'hui. Au nez des notes de torréfaction dominent le fruit. La texture est équilibrée mais serrée en bouche. Le potentiel est là mais il lui faudra quelques années pour en donner la pleine mesure.

 

Aloxe-Corton premier cru Clos du Chapitre 2011 - 14,5 sur 20

Un caractère de fruits rouges acidulés se développe sur le plan aromatique. La maturité semble avoir été plus compliquée à trouver sur ce millésime pourtant précoce. En bouche, les tannins sont un peu rugueux. Constat illustrant le propos tenu sur le 2014 dont la texture est nettement plus avenante. La progression dans la qualité de la maturité des peaux de raisins (donc des tannins) sur les millésimes plus récents est ici mise en évidence. 



Ecrit par Laurent GOTTI

http://www.allaboutburgundy.fr/2015/12/09/domaine-g%C3%A9not-boulanger-un-nouveau-palier-franchi/